24 juin 2017 Astorga – Foncebadon 26 km

On se dirige ce jour enfin vers les montagnes. Tout le monde commençait à saturer de la platitude des précédentes étapes. Je commence à retrouver une végétation dense, et un relief accidenté. Ce matin le soleil est absent ce qui n’est pas pour me déplaire compte tenu de la chaleur des ces derniers jours. 

L’architecture des villages change également. On retrouve une pierre moins colorée et les rosiers ont refait leur apparition. Tout ça commence à sentir la montagne.  

Bien que j’ai adoré la Meseta, je suis heureux de retrouver des paysages qui me sont familiers. 

Même les vaches et leurs clarines sont de retour. Ça fait un bien fou, ça me rend heureux, heureux de faire mon chemin. 

Faire son chemin. Voilà une expression qui revient souvent sur le camino. Tous les pèlerins ont le même but. Se diriger en direction de Saint Jacques de compostelle ou mieux encore l’atteindre. Quelques uns y vont dans un but purement religieux et aussi pour voir les reliques de Saint Jacques, mais la plupart ont choisit ce lieu pour des raisons inconnues. Moi même pourquoi ai-je choisi cette direction plutôt qu’une autre ? Très certainement parce que des milliers de pèlerins l’ont fait avant nous et l’on reproduit le même schéma. Pour diverses raisons on décide de partir sur le chemin, et l’on fait de cette idée une projection sur un élément bien physique qu’est le chemin. Cette idée une fois calquée sur le camino prend une forme bien réelle qui pense t-on se concrétisera une fois le chemin accompli. Cela fait très certainement partie du domaine de la pensée magique. Mais c’est grâce à cela que l’on arrive à effectuer ce périple qui nous éloigne de tout confort, qui nous fait faire un gros effort physique et qui nous pousse hors de nos limites. 

Les personnes extérieures ont du mal à comprendre ce qui motive tous ces individus qui marchent chargés comme des mulets sous un soleil de plomb ou sous une pluie battante, boitant, les pieds abîmés. Mais pour le savoir  il faut être dans son chemin intérieur. C’est lui qui nous dirige, qui nous pousse à tout quitter, à faire des choses dont on ne pouvait même pas imaginer l’existence. C’est ce dépassement de soi qui rend le pèlerin heureux et plus fort. C’est un chance extraordinaire d’avoir la possibilité de le faire. Je vois sur le camino beaucoup de jeunes gens qui se sont embarqués dans cette aventure. Ils ne sont pas encore conscients de ce que cela va leur apporter dans leur vie future. Sur le chemin on apprend le respect de l’autre, le partage, l’empathie, l’entraide, le respect de la nature, (à pardonner les Coréens pour tout le bruit qu’ils font) bref toutes ces valeurs qui devraient être innées et qui feraient un monde meilleur. Comme je l’ai déjà dit on évolue dans un monde parallèle et cela risque d’être dur d’en sortir dans quelques jours.

Je m’arrête à Foncebadon un tout petit village où les routes ne sont même pas goudronnées car demain est une étape importante, on passe devant la cruz de fierro. (voir article de demain) Il est coutume de voir le lever du soleil en ce lieu et il faut se lever très tôt. Le repas à l’auberge était accompagné d’un petit concert et une paella géante. 

Demain Ponteferrada 

25 réflexions au sujet de « 24 juin 2017 Astorga – Foncebadon 26 km »

  1. Sylvie une promesse est une promesse. J’ai dit que si j’arrivais à Saint Jacques pour le moment je n’y suis pas. Tu peux avoir un petit espoir…
    Phill j’aurai pu choisir de faire autre chose en effet. J’ai choisi CC Parce-que j’ai déposé mon caillou et je laisse les choses inutiles

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  2. Et voilà je avais écrit un super long message et il s’est envolé vers le cimetière des messages perdus à cause d’une mauvaise connection. Plus tard… Bisous.

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  3. Wouhaou! Là tu nous envoies du lourd. Très belles réflexions. Mais ne te laisse pas gagner par la nostalgie. Pour le moment tu y es encore, alors profites en jusqu’au dernier pas. Ce que tu fais, et surtout la façon dont tu le fais, est admirable. Tu es près du but, mais tu as encore plein de belles choses à voir.
    La région du Bierzo où tu te trouves est parmis les plus belles du nord ouest de l’Espagne. J’y ai un peu crapahuté étant plus jeune. Dommage que tu n’y sois que de passage car ça vaut le détour. Si tu as l’occasion d’y revenir, fais un saut (entre autres…) à Peñalba de Santiago, magnifique village hors du temps, situé à l’entrée du Valle del Silencio (ce n’est pas très loin de là où tu te trouves).

    P. S. : Je suppose que tu n’as pas oublié ton caillou avant de partir ?

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  4. Ton recit du jour me laisse à penser que tu vas devoir passer par un sas de décompression avant de retourner au bureau. Après les grands espaces, Basso Cambo sera étriqué pour toi, non? Profite bien de ces derniers 11 jours. Amicalement.
    JPP

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  5. Magnifique Alain toutes ces remarques sur ce cheminement intérieur et physique je suis très admirative de ce que tu fais.
    Je t’embrasse très fort continue à nous faire « voyager » à travers tes récits.

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